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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 10:07

  Il existe des films qui associent, curieusement, un moment agréable de dégustation gastronomique avec des scènes de tension assez extrême, parfois violentes, où la nourriture devient un moyen d’agresser un personnage.

  On ne sera pas surpris de découvrir chez des cinéastes comme Stanley Kubrick ou Quentin Tarantino des séquences difficiles à digérer au niveau de la violence. Pour précisément faciliter cette digestion laborieuse, certains nous assènent des moments plus légers, qui stimulent nos papilles. Je passerai rapidement sur les fameux dialogues du film « Pulp Fiction », de Tarantino, où des discussions entières sont consacrées aux hamburgers et à leur composition, tandis que les protagonistes, philosophes, s’apprêtent à tuer des pauvres types.

  Je préfère évoquer cette scène intense dans « Inglourious Basterds », du même Tarantino, interprétée par notre Mélanie Laurent nationale. Voici le topo : nous sommes en pleine France occupée, pendant la Seconde Guerre Mondiale, et la jeune femme, dont le personnage se prénomme Shosanna, se retrouve assise à la même table de restaurant que l’officier nazi Landa (joué par le remarquable Christoph Waltz), responsable de la mort de toute sa famille. Elle le reconnaît tandis que lui ignore les origines de son interlocutrice. A partir de cette situation se joue une séquence parfaitement orchestrée pendant laquelle la jeune Juive, de plus en plus terrifiée, finit par littéralement se pisser dessus, tandis que l’officier allemand déguste une part de gâteau, le Strudel. La tension ne cesse de monter, on craint que Landa ne démasque Shosanna… et Tarantino, de son côté, opte pour des gros plans du gâteau, suivis des bruits de mastication appuyés lorsque Landa mange sa part devant une jeune femme aussi stressée que le spectateur… il est amusant de constater qu’au début de leur rencontre, l’officier manifeste sa supériorité sur la jeune femme en insistant pour qu’elle mange du Strudel, en précisant qu’il faut « attendre la crème »… Shosanna n’a pas d’autre choix que de se plier aux exigences de Landa. On comprendra que sa part de gâteau passe mal, du coup.

PAIN DANS LA GUEULE & DOUCEURS CULINAIRES ou comment la bouffe devient une arme au cinéma

  Dans un contexte un peu différent, je pense à cette scène dans « Orange Mécanique », de Maître Kubrick, où l’on voit Malcolm McDowell qui se goinfre de spaghettis, tout en buvant du vin. Il finira la séquence avec la tête s’écrasant littéralement dans le plat de pâtes. Là encore, le personnage est victime de son interlocuteur : en effet, Alex (McDowell, donc) se retrouve face à l’homme – désormais handicapé – dont il a violé la femme, au début du film. Et manque de chance, Alex a été démasqué. Le repas offert se trouve ainsi être un piège dans lequel il tombe sans s’en rendre compte. Comme dans le film de Tarantino, le personnage en face d’Alex lui impose de boire son vin. Son comportement agressif ne laisse pas le choix au héros, qui ingurgite du même coup la drogue qui va le plonger dans l’inconscience. *

  Un troisième exemple me vient, provenant d’un titre-phare de la filmographie d’un de mes grands favoris. Dans « Rosemary’s Baby » de Roman Polanski, une séquence de dégustation de mousse au chocolat a des conséquences dramatiques pour l’héroïne Rosemary, interprétée par la fragile Mia Farrow. Au cours d’une soirée, la jeune femme et son époux mangent de la mousse au chocolat préparée par leur voisine. Or, là encore, la nourriture est droguée, puisque Rosemary fait un malaise, et pendant la nuit, elle va être victime d’un rêve traumatisant, probablement imprégné d’une part de réalité, comme nous le découvrirons plus loin dans le long-métrage. Dans ce nouveau cas de figure, il est intéressant de noter que le mari de Rosemary fait tout pour qu’elle mange cette fameuse mousse. Tout comme Landa et l’homme handicapé dans les films mentionnés précédemment, nous avons encore une fois un protagoniste qui « pousse à la consommation ». A ceci près que dans le film de Polanski, contrairement à celui de Kubrick, on ne sait pas à quel point le compagnon de Rosemary est complice.

  Arrêtons là le catalogue, je ne voudrais pas vous couper l’appétit… ceci dit, avant de vous enfiler un plat bien tentant, prenez garde à celui qui vous sert, et à ses intentions…

 

 * Pour l’anecdote, et puisqu’on est dans le sujet, je mentionnerai la légendaire scène coupée dans « Docteur Folamour », du même Kubrick, qui était placée initialement en fin de film, et qui montrait les protagonistes dans la War Room en train de se livrer à une gigantesque bataille de tartes à la crème.

PAIN DANS LA GUEULE & DOUCEURS CULINAIRES ou comment la bouffe devient une arme au cinéma

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david verdier - dans Cinéma
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