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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 16:01
Le secret de l’Espadon (1950 / 1953)

  Voilà l’autre grand classique de l’école belge, avec un dessin appartenant pleinement à ce que l’on appelle « la ligne claire » : « Les aventures de Blake et Mortimer ». Cousine de Tintin, au moins d’un point de vue visuel, la série est, pour le reste, très différente de celle mettant en scène le jeune reporter.

  Le créateur, Edgar P. Jacobs, débuta tardivement sa carrière dans la BD et œuvra un temps aux côtés d’Hergé, justement, pour peaufiner certains épisodes des aventures de son célèbre héros. Perfectionniste, le bonhomme ne produisit que huit récits avec ses deux personnages, s’étalant de 1946, date de leur apparition dans le journal « Tintin », jusqu’à sa mort en 1987.

  La première de ces aventures, c’est « Le secret de l’Espadon », longue épopée qui, avec le découpage actuel en albums, s’étale sur trois volumes. Initialement publiée en deux épisodes, l’histoire, assez rythmée, nous conte la lutte du Bien (les Occidentaux) contre le Mal (les « Jaunes ») sur fond de 3e Guerre mondiale. Quand on sait que la saga de « l’Espadon » débuta dans une publication pour la jeunesse dès septembre 1946, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’audace est évidente.

  Jacobs, dès les premières planches, est pointilleux jusque dans l’écriture des dialogues, parfois très techniques, décrivant les véhicules de guerre, les armes utilisées... le tout, sans une once d’humour. Heureusement que l’action nous emmène car cela pourrait parfois être rebutant (de plus, l’une des marques de fabrique de la série, de grandes bulles remplies de texte, est une institution dès les premières planches !). Du côté graphique, la BD est clairement datée, dans la veine du « Rayon U », un one-shot que l’auteur signa peu de temps auparavant et qui fait complètement partie du folklore et de l’esthétique des années 40. Cependant, c’est une constante de la série, le trait de Jacobs évoluera de façon visible tout au long de la douzaine d’albums qu’il composera jusqu’à sa mort.

  Les visages de Blake et Mortimer changent au fil de l’histoire, on sent que le dessinateur se cherche. Les traits de Philip Mortimer manquent sérieusement de finesse. D’autres personnages emblématiques de la série sont déjà présents : le colonel Olrik, l’ennemi juré des deux héros, Nasir, qui les suivra dans d’autres aventures... ce qui trahit également, du point de vue narratif, l’âge de cette bande dessinée, ce sont les rebondissements et les coups de chance parfois énormes qui s’offrent aux personnages. On n’ose plus trop, aujourd’hui, avoir recours à de tels procédés. Quant aux propos, il en va de même : l’expression « les Jaunes » pour désigner systématiquement les Asiatiques finit par être pénible.

  Mais, comme pour « Tintin au Congo », il faut replacer « Le secret de l’Espadon » dans son contexte : Jacobs a mené sa barque avec talent, posant les bases de son univers, parvenant à tenir en haleine un grand nombre de lecteurs avec sa saga sur fond de guerre (la publication dans le journal s’étala sur plus de deux ans !) et il aura l’intelligence, dès la seconde aventure, de partir sur une piste bien différente et plus passionnante !

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