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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 21:23

  Ci-dessous, un texte inédit, écrit à l'origine pour être publié dans le numéro 2 de la revue "Torticolis". Comme il a peu de chances de paraître ailleurs, je le mets en ligne ici !

  Je précise juste que le personnage de Philippe Groin est une création de Patrick Bléron.

 

 

 

Philippe Groin

 

 

  - Tu parles d’un nom, quand même !

  Philippe Groin fixa son interlocuteur, interdit. Malgré trois bières descendues (il avait depuis quelques temps abandonné son traditionnel 51), il était encore réactif à ce qu’il entendait. Son compagnon, en revanche, ne paraissait plus aussi frais que lorsqu’il avait franchi la porte du bar quarante minutes plus tôt. De plus, il avait déclaré avoir quelques tournées d’avance.

 - Qu’est-ce qu’il a mon nom ? fit Groin.

 - Ben, tu vois pas ?

 - Non, pas vraiment.

 - Ben moi, ça m’a sauté aux yeux quand je l’ai vu écrit dans le canard, en fait… sous ta photo au milieu des autres pingouins…

 - Et alors ? Quand on a un Président de la République qui porte le nom d’un pays qu’est même pas le sien, on peut bien s’appeler comme on veut.

  Ne pas dévier sur la politique. Surtout pas. Philippe Groin s’arrêta là, se rappelant les gamins de son école qui le charriaient sur son patronyme. Depuis, on lui foutait une paix royale avec ça. Jusqu’à ce que cet abruti d’Arnaud Trevile lui en parle, là, le cul sur son tabouret, les yeux brillants et le cheveu hirsute.

 - Bon, si c’est pour te foutre de ma tronche, fit Groin en se redressant comme s’il allait partir, autant en rester là.

 - Mais non, mon Philou, bouge pas ! C’était juste comme ça, pour causer.

 - Causons d’autre chose, alors…

  Ils n’en eurent pas l’occasion. À cet instant, une femme poussa la porte du bar. Ils la remarquèrent d’une part parce qu’il n’y avait pas beaucoup de bruit autour d’eux et d’autre part, elle était particulièrement séduisante.

  La mâchoire de Groin faillit se décrocher lorsqu’il reconnut la nouvelle venue : Sylvie Bonnin, cette fille à qui, il y a bien longtemps, il avait peloté un sein. Ça lui paraissait tellement loin aussi, ce truc-là.

  Ce qui se rapprochait en revanche, à l’instant, c’était Sylvie. Les cheveux longs tirés en arrière et retenus avec une queue de cheval, légèrement maquillée, un petit tailleur gris mettant en valeur ses formes généreuses… il n’en fallait pas plus pour la rendre sexy.

  Elle vint se planter entre Groin et son copain mais ne fixa que le premier. Puis elle se pencha vers lui et lui chuchota quelque chose à l’oreille.

  Puis, comme si de rien n’était, Sylvie s’éloigna, sortant du bar sans avoir prononcé un mot de plus ni jeté un regard derrière elle.

 - Elle t’a dit quoi ?

  Philippe Groin avala sa chope de bière d’une traite et se leva, se contentant de dire :

 - Faut que j’y aille.

  On ne le revit plus jusqu’au lendemain soir.

 

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