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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 22:17

  Bois mon sang, je voyagerai avec toi pour l’Eternité…

 

  Suite à une suggestion de la belle humaine qui est entrée dans ma vie voilà plus de deux ans, le film « Entretien avec un vampire » s’est imposé comme un choix judicieux pour évoquer le voyage dans le temps. Ici, point de machine pour faire un bond d’une époque à l’autre. Nous ne sommes pas au cœur d’une œuvre de science-fiction, genre auquel s’apparentent généralement les longs-métrages traités dans le présent numéro, mais bien dans un film fantastique. Dans la grande tradition du genre, même, puisque nous y retrouvons la figure classique du vampire.

  Le traitement infligé au vampire n’a pas toujours été digne du personnage : dans bien des productions, au demeurant sympathiques, la créature se retrouve chassée par l’homme, et bien souvent, elle perd la partie, soit frappée d’un pieu dans le cœur, ou bien brûlée par la lumière du jour. Dans le film de Neil Jordan, adapté de l’excellent roman d’Anne Rice (qui a écrit une série de livres mettant en scène ses créatures de la nuit), de nombreux clichés du genre sont contournés, voire disparaissent complètement. Quant au voyage dans le temps, il s’effectue ici à travers les yeux du narrateur, qui parcourt les époques sans vieillir. Aucun des personnages principaux n’appartient au genre humain, et c’est un film beaucoup plus profond que la moyenne qui nous est offert : servi par un scénario remarquablement bien écrit (Anne Rice a elle-même signé l’adaptation cinématographique de son livre), ce long-métrage retrace la longue vie de Louis, qui devient vampire puis compagnon de route de son confrère Lestat. Si l’on perd la trace du second à un moment donné, nous suivons Louis au fil des siècles, jusque dans les années 90. Le film est ancré dans un contexte historique fréquemment posé par la voix off du personnage : les costumes et les décors évoluent au fil du temps, et nous franchissons même l’Atlantique, passant des Etats-Unis à la France, voyageant ainsi dans l’espace – terrestre.

  entretien-avec-un-vampire 06En plus de son incontestable originalité, « Entretien avec un vampire » brise des tabous, et se permet de sous-entendre bien des choses qui font pourtant réagir au quart de tour, dans d’autres contextes : ainsi, l’homosexualité et la pédophilie sont une lecture en filigrane des relations entre les personnages principaux (Louis et Lestat dans le premier cas de figure, Louis et Claudia dans le second). À croire que, sous prétexte que nous sommes en plein récit fantastique, avec des créatures qui n’existent pas, tout est permis. Étrange comportement humain…

  Quant à la condition du vampire, elle est ici au centre du film : car nous sommes loin de l’image du Prince aux dents pointues, simplement assoiffé de sang, qui n’a pour seul but que de sucer le liquide pompé par le cœur des humains. Les personnages d’Anne Rice réfléchissent, discutent, cherchent à savoir ce qu’ils sont, quelle est leur origine… bien des questions ne trouvent d’ailleurs aucune réponse dans le film, l’essentiel se situant dans les autres volumes de la saga littéraire de l’auteur. Mais le principal est posé avec le long-métrage de Neil Jordan : le vampire est un prédateur, une créature qu’il vaut mieux craindre, mais dont une part d’humanité réside encore en lui. À ce titre, le brillant personnage de Louis, interprété par Brad Pitt, est fréquemment touchant dans ses réactions et ses paroles. Les personnages sont doublement beaux, d’abord parce qu’interprétés par la fine fleur des belles gueules du cinéma, Tom Cruise, Antonio Banderas, et Brad Pitt, donc, ensuite par ce que dégage chacun d’entre eux.

 vampire2 Un autre élément, fréquemment exploité dans le genre, tient une place prépondérante dans le film : il s’agit de l’érotisme. Mais là encore, un traitement très intelligent permet au spectateur d’accepter d’emblée les scènes déshabillées ou de mise à mort (en effet, il me semble que la Mort est systématiquement empreinte d’Erotisme dans le long-métrage – mais rien d’étonnant lorsqu’on connaît les liens ancestraux unissant Eros et Thanatos). Tous les passages du film montrant la mort d’un être humain (essentiellement des femmes) victime d’un vampire baignent dans une folle sensualité. À l’inverse, la mort des vampires est systématiquement violente (entre ceux qui brûlent par les flammes ou tués par le soleil, se vidant de leur sang, ou encore le corps coupé en deux).

  Film romantique au sens shakespearien du terme, « Entretien avec un vampire » reste l’une des plus belles évocations (la plus belle ?) du mythe du vampire au cinéma. À la fois respectueux de la mythologie instaurée depuis le célèbre roman « Dracula » de Bram Stoker, et en même temps relecture originale ayant permis de renouveler le genre, le film de Neil Jordan a marqué d’une bien belle empreinte le cinéma fantastique. 

 

 

 

(Texte initialement paru en 2011 dans le fanzine de notre association de cinéma TRAVELLING)

 

 


 

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david verdier - dans Cinéma
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