Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 19:36

  Si l’on recense les adaptations fidèles de romans en films, « The Shining », tiré du livre de Stephen King, ne rentre pas dans la catégorie. En effet, Stanley Kubrick, brillant touche-à-tout, a mis dans ce film l’équivalent de plusieurs longs-métrages fantastiques, imbriquant fantômes, tueur fou, effusion de sang, prémonition, et j’en passe… tout cela au détriment de la fidélité à l’œuvre originale (Stephen King a toujours déclaré être mécontent du film de Kubrick, et a cautionné en revanche un téléfilm sorti dans les années 90, téléfilm effectivement plus fidèle à son travail).

 Comme à son habitude, Kubrick a ‘digéré’ le texte de départ, pour en faire quelque chose qui lui appartienne. Il a déshumanisé le personnage principal, interprété par un Jack Nicholson halluciné (la fin du roman est très différente, d’ailleurs). Si Kubrick a gardé la trame principale – une petite famille rejoint pour l’hiver un immense hôtel désert, le père, Jack Torrance, étant chargé de son entretien –, il a complètement chamboulé le déroulement de l’histoire. Visuellement brillant (dans tous les sens du terme, puisque la peur ne vient pas de l’obscurité, mais à chaque fois naît dans des décors immaculés de lumière), le film nous sert une succession d’images cauchemardesques : les deux petites filles massacrées au beau milieu du couloir, le flot de sang jaillissant de l’ascenseur, tout cela sans véritable lien, puisque ces images sont rattachées au passé de l’hôtel, qui ne nous est que très peu expliqué en fin de compte. Des explications, nous n’en avons d’ailleurs pas, et ce n’est pas le plan final du film, énigmatique, qui me contredira. On y voit Jack Torrance, assis au beau milieu de clients de l’hôtel, mais cette photo date de 1921 ! Après sa mort brutale, dans le froid, alors qu’il voulait tuer son propre fils, Torrance fait littéralement partie des murs de l’hôtel, rejoignant ainsi les nombreux fantômes de ces lieux. 

Shining 11

  Kubrick a éliminé des éléments fantastiques, présents dans le livre, qui auraient pu avoir un côté spectaculaire (je pense notamment aux buissons en forme d’animaux, qui prennent vie), et a opté pour un travail sur l’atmosphère, plus que sur les effets chocs (bien que le film en aligne quelques-uns malgré tout). Ainsi, la bande-son à elle seule est très oppressante, et la composition de Nicholson fait tout pour mettre mal à l’aise le spectateur.

  Avec ce film, Kubrick voulait marquer un genre qu’il n’avait pas encore abordé. C’est réussi, puisque « The Shining » est considéré comme une ‘œuvre maîtresse’ du cinéma fantastique. Inclassable par sa richesse thématique, le film est techniquement bluffant (ah, ces longs travellings dans les couloirs de l’hôtel Overlook !). Le seul reproche qu’on pourrait lui faire est son manque de fidélité au roman dont il s’inspire. Mais sa complexité n’en est pas moins parfaitement représentée par le gigantesque labyrinthe, élément incontournable qui revient régulièrement dans le film, et rappelé par les motifs de la moquette dans l’hôtel, par l’enchevêtrement de couloirs sans fin, etc…

 

 

Partager cet article

Repost 0
david verdier - dans Cinéma
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de David Verdier
  • Le blog de David Verdier
  • : Des 'billets' sur des films vus, des lectures, l'avancement de mes écrits divers, des manifestations culturelles auxquelles je participe...
  • Contact

Recherche

Pages

Liens