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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 11:30

  Troisième aventure de Blake et Mortimer, « La Marque Jaune » est le premier récit à être complet en un album. Ceci s’expliquant en partie par une densité incroyable, tant au niveau du texte que du dessin.

  Edgar P. Jacobs nous livre ici un épisode où les genres se mélangent de manière assez intelligente : débutant comme une énigme policière, une ambiance fantastique ne tarde pas à imprégner les planches alors que la science-fiction pointe le bout de son nez dans la dernière partie. Le tout agrémenté de pas mal d’action !

  Le mérite de l’auteur est grand de réussir, depuis les débuts de ses deux héros, à renouveler sans cesse son univers tout en restant fidèle à ce qu’il a déjà établi dans les volumes précédents.

  Un mystérieux individu frappe donc la ville de Londres, commettant des forfaits qu’il signe d’une étrange marque entourée d’un cercle de couleur jaune. Blake et Mortimer vont rapidement se retrouver sur la piste du malfrat et l’enquête leur réserve quelques surprises...

  L’influence du cinéma n’est pas loin (« M le Maudit » de Fritz Lang, bien sûr) ; de même, le côté « whodunit » de l’intrigue est emprunté aux romans policiers classiques de l’époque, Agatha Christie en tête. Le caractère « so british » de la saga prend ici tout son sens après l’exotisme affirmé des aventures de « L’Espadon » et de « La Grande Pyramide », l’intégralité de l’album se déroulant cette fois-ci à Londres.

  Le dessin de Jacobs s’affirme encore un peu plus à travers cette BD emblématique (la couverture a été maintes fois copiée, parodiée, détournée et « La Marque Jaune » reste probablement l’aventure la plus connue de Blake et Mortimer).

  Quant à l’apparition du fameux Colonel Olrik, elle a le mérite d’être ici assez originale, inattendue (et tardive), ce qui ne sera que rarement le cas dans les prochaines histoires.

  Avec le recul, pour le lecteur d’aujourd’hui, le principal défaut de cet épisode est celui que l’on retrouve dans la plupart des albums de la série : une surabondance de textes qui finissent par nuire au déroulement de l’action par leur redondance avec le dessin et – parfois – leur lourdeur.

  Il n’en reste pas moins que, pour qui veut découvrir la série, « La Marque Jaune » est à mon avis, au sein du corpus jacobsien, un excellent moyen de débuter.

 

La Marque Jaune (1956)
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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 09:25

  La deuxième aventure de Blake et Mortimer, qui dure le temps de deux albums, est bien plus réussie que la précédente : l’Aventure est vraiment au rendez-vous et les rebondissements ne manquent pas, mais ils sont cette fois disséminés dans un récit structuré que l’on sent beaucoup plus réfléchi. Là où « L’Espadon » était prétexte à une succession de scènes de combat et de poursuites incessantes, « La Pyramide » nous fait voyager dans le temps : un peu d’archéologie, ça ne fait jamais de mal (cf. la série des Indiana Jones) !

  S’il y a toujours peu d’humour (ce n’était clairement pas le point fort de Jacobs), l’ensemble est très agréable : le dessin, bien plus moderne que dans la trilogie précédente, est un modèle au sein de la fameuse « ligne claire » et on ne s’étonnera pas de constater que cette histoire est l’une des favorites des lecteurs de Blake et Mortimer.

  On retrouve l’ennemi juré des deux héros, le Colonel Olrik, qui intervient sans surprise au bout de quelques planches.

  Le principal défaut narratif de l’auteur est toujours présent (les textes qui soulignent ce que les personnages sont en train de faire) mais, comme la lecture s’avère beaucoup plus agréable, on n’y prête moins attention. « Le secret de l’Espadon » était certainement trop long par rapport au scénario développé par Jacobs. Avec « Le mystère de la Grande Pyramide », qui fait à peine 110 pages en tout, le dessinateur maîtrise bien mieux son affaire (et cela force le respect car il n’avait que peu publié jusqu’à présent). De plus, il signe deux couvertures absolument superbes (mention spéciale à celle du tome 1, très emblématique de la série).

  Si le premier épisode baignait dans un contexte de guerre teintée de science-fiction, ici, le fantastique fait une entrée discrète dans l’univers jacobsien. Il restera toujours en filigrane dans l’œuvre, laissant la science-fiction emporter le morceau dans certains épisodes ultérieurs.

  Des huit histoires imaginées par Edgar P. Jacobs pour Blake et Mortimer, « Le Mystère de la Grande Pyramide » est celle qui représente le mieux la grande aventure, presque tous ses autres récits se rattachant à d’autres genres. Il faudra se reporter à certains albums des repreneurs de la série pour retrouver ce souffle épique (parfois pour le meilleur, d’autres fois pour le pire).

 

 

 

Le mystère de la Grande Pyramide (1954 / 1955)
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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 16:01
Le secret de l’Espadon (1950 / 1953)

  Voilà l’autre grand classique de l’école belge, avec un dessin appartenant pleinement à ce que l’on appelle « la ligne claire » : « Les aventures de Blake et Mortimer ». Cousine de Tintin, au moins d’un point de vue visuel, la série est, pour le reste, très différente de celle mettant en scène le jeune reporter.

  Le créateur, Edgar P. Jacobs, débuta tardivement sa carrière dans la BD et œuvra un temps aux côtés d’Hergé, justement, pour peaufiner certains épisodes des aventures de son célèbre héros. Perfectionniste, le bonhomme ne produisit que huit récits avec ses deux personnages, s’étalant de 1946, date de leur apparition dans le journal « Tintin », jusqu’à sa mort en 1987.

  La première de ces aventures, c’est « Le secret de l’Espadon », longue épopée qui, avec le découpage actuel en albums, s’étale sur trois volumes. Initialement publiée en deux épisodes, l’histoire, assez rythmée, nous conte la lutte du Bien (les Occidentaux) contre le Mal (les « Jaunes ») sur fond de 3e Guerre mondiale. Quand on sait que la saga de « l’Espadon » débuta dans une publication pour la jeunesse dès septembre 1946, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’audace est évidente.

  Jacobs, dès les premières planches, est pointilleux jusque dans l’écriture des dialogues, parfois très techniques, décrivant les véhicules de guerre, les armes utilisées... le tout, sans une once d’humour. Heureusement que l’action nous emmène car cela pourrait parfois être rebutant (de plus, l’une des marques de fabrique de la série, de grandes bulles remplies de texte, est une institution dès les premières planches !). Du côté graphique, la BD est clairement datée, dans la veine du « Rayon U », un one-shot que l’auteur signa peu de temps auparavant et qui fait complètement partie du folklore et de l’esthétique des années 40. Cependant, c’est une constante de la série, le trait de Jacobs évoluera de façon visible tout au long de la douzaine d’albums qu’il composera jusqu’à sa mort.

  Les visages de Blake et Mortimer changent au fil de l’histoire, on sent que le dessinateur se cherche. Les traits de Philip Mortimer manquent sérieusement de finesse. D’autres personnages emblématiques de la série sont déjà présents : le colonel Olrik, l’ennemi juré des deux héros, Nasir, qui les suivra dans d’autres aventures... ce qui trahit également, du point de vue narratif, l’âge de cette bande dessinée, ce sont les rebondissements et les coups de chance parfois énormes qui s’offrent aux personnages. On n’ose plus trop, aujourd’hui, avoir recours à de tels procédés. Quant aux propos, il en va de même : l’expression « les Jaunes » pour désigner systématiquement les Asiatiques finit par être pénible.

  Mais, comme pour « Tintin au Congo », il faut replacer « Le secret de l’Espadon » dans son contexte : Jacobs a mené sa barque avec talent, posant les bases de son univers, parvenant à tenir en haleine un grand nombre de lecteurs avec sa saga sur fond de guerre (la publication dans le journal s’étala sur plus de deux ans !) et il aura l’intelligence, dès la seconde aventure, de partir sur une piste bien différente et plus passionnante !

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