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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 17:22
"SUPERVIXENS" : L’AUTRE SALLE DE BAIN MORTELLE

  Tout le monde a en tête la scène de la douche dans le chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock, « Psychose ». Si l’on parcourt le cinéma indépendant américain des années 70, on tombe sur l’un des derniers films réalisés par Russ Meyer en 1975, « SuperVixens ». Celui-ci offre une version alternative de ce qui peut se passer lorsqu’on décide de tuer une femme dans une baignoire. Mais le traitement de la séquence est assez différent de celui du grand Alfred.

  Russ Meyer, surtout connu des cinéphiles acharnés – ses films ne sont pas énormément diffusés –, s’est fait le spécialiste des comédies érotiques déjantées. Certaines de ses œuvres, peuplées de jolies filles aux poitrines opulentes, sont de véritables hommages à la BD et au dessin animé.

  Avec « SuperVixens », nous sommes en pleine histoire traitée façon Tex Avery. Dans la scène qui nous intéresse, un homme, Harry Sledge, excédé par la jeune femme qu’il a en face de lui, va se défouler sur elle jusqu’à la tuer (pour l’anecdote, l’acteur jouant le meurtrier est Charles Napier, que l’on retrouvera des années plus tard dans le film « Le silence des agneaux », mis à mort à son tour de façon très violente, victime du cannibale Hannibal Lecter).

  La jeune femme est quant à elle interprétée par une comédienne dont on ne sait pas grand-chose et qui ne tourna dans toute sa vie que deux longs-métrages : Shari Eubank.

 

  Tout commence dans le salon de Super Angel (c’est le nom du personnage féminin !) : après une scène où l’on sent la tension monter progressivement, Harry frappe Super Angel. Choquée, cette dernière va se réfugier dans la salle de bain dont elle verrouille la porte. Harry aura toutes les peines du monde à la défoncer (on pense à « The Shining » de Kubrick, à ceci près que ce dernier n’était pas sorti à l’époque !).

  Laissant son couteau planté dans la porte, Harry parvient enfin à la dégonder. Elle vient alors s’écraser sur Super Angel, lui plongeant par la même occasion l’arme dans la poitrine.

  Blessée, la jeune femme n’a plus la force de se défendre et est entraînée dans la baignoire par son bourreau, qui va s’acharner sur elle en l’écrasant à coups de pied. Il saute dessus sauvagement à plusieurs reprises, pesant de tout son poids sur le corps de sa victime.

  Là où Hitchcock laissait le sang s’échapper par la bonde de la baignoire, Russ Meyer nous montre l’eau stagnante autour du corps ayant viré au rouge.

  Dernier acte : Super Angel se redresse péniblement, ensanglantée (là encore, l’ombre du Maître du suspense plane sur la scène : on ne peut s’empêcher de comparer ce passage à la posture de Janet Leigh dans « Psychose », tandis qu’elle glisse lentement dans la baignoire, se figeant un instant avant de s’effondrer totalement).

  Harry, quant à lui, s’approche de la radio branchée sur secteur. Visiblement décidé à aller jusqu’au bout, il revient vers la baignoire et jette le poste dans l’eau, électrocutant ainsi la jeune femme, la tuant une bonne fois pour toutes.

  Il est regrettable de ne pouvoir profiter du film de Russ Meyer grâce à un support décent en France : le DVD disponible est en effet lamentable techniquement parlant, tant au niveau du son que de l’image. Il faut donc accepter de visionner le long-métrage dans des conditions très médiocres.

  Cela n’empêche cependant pas de se rendre compte à quel point cette scène de mise à mort est extrême : tout d’abord, entre le premier coup que reçoit Super Angel et son électrocution, il s’écoule de longues minutes, Meyer dosant savamment son suspense. De plus, le ton de la séquence devient par moments tellement léger – on flirte à plusieurs reprises avec le vaudeville – que l’on a du mal à imaginer le cinéaste allant jusqu’à faire mourir la jeune femme.

  Si l’on met à part le cinéma d’horreur, genre où beaucoup de choses sont permises, il est assez rare de voir autant de violence exercée sur un personnage féminin (quelques exemples existent pourtant, de « True Romance » du regretté Tony Scott – dans lequel la très jolie Patricia Arquette est complètement défigurée par les coups qu’elle reçoit – au très discutable « Irréversible » de Gaspar Noé où Monica Bellucci est violée puis frappée à coups de poings et de pieds, finissant dans un état lamentable).

  Ce qui permet d’accepter la scène dans « SuperVixens », c’est que nous sommes, à l’instar des films de Quentin Tarantino, dans un monde décalé où l’humour est souvent présent et où le côté « énorme » des situations permet de prendre du recul par rapport aux images.

  Si le film de Russ Meyer n’est pas un chef-d’œuvre du 7e Art, c’est incontestablement une curiosité cinématographique qui contient quelques scènes franchement gonflées (dans tous les sens du terme !) qui valent le détour.

 

D.V.

Article initialement publié en octobre 2013 dans le Mook de l'association Travelling
Article initialement publié en octobre 2013 dans le Mook de l'association Travelling
Article initialement publié en octobre 2013 dans le Mook de l'association Travelling

Article initialement publié en octobre 2013 dans le Mook de l'association Travelling

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david verdier - dans Cinéma
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